
Le Grand Maître honoraire Daniel Salomon présente nos jeunes talents 2021: chemins croisés…
Gentes Dames et nobles Seigneurs,
Dans une interview accordée dernièrement à l’Express, le moine bouddhiste Matthieu Ricard disait en substance ceci :
« Il faut redonner de l’espoir et une image plus juste de la nature humaine. En effet, une personne qui a 20 ans, en Europe, a vu plus de 40000 images de morts violentes dans les medias. La technologie nous met au courant de tout. Il y a une surdose du barbare et de l’aberrant. Cette distorsion nous amène à l’idée d’un monde mauvais. L’homme serait mauvais, le monde un puits de violence. On a oublié, disait-il, la banalité du bien. »
Aujourd’hui, les Baillis veulent participer à cette reconsidération du bien, à sa remise à sa juste place en mettant en lumière et à l’honneur le travail d’une association mouscronnoise, l’asbl « Chemins croisés ».
L’histoire a commencé en 2010. Une conférence proposée par l’asbl Baobab à l’institut Saint-Charles de Luingne avait sensibilisé élèves et professeurs présents à la notion d’économie durable en Afrique. A l’issue de cette conférence, quelques professeurs présents, touchés par les problèmes évoqués, se sont dit : « Et si, modestement, à notre échelle, nous tachions de participer à ce développement d’économie durable dans une région déshéritée comme le Sénégal ? » Mais leur volonté était d’y associer les jeunes élèves auxquels ils ont demandé : « Seriez-vous d’accord de remplacer le traditionnel voyage des Rhétos à Londres, Athènes ou Barcelone par une immersion de 2 semaines dans un village agricole du Sénégal et d’y partager le quotidien des paysans locaux ? »
L’accord des jeunes ne fut pas immédiat et spontané ; ils étaient, comme beaucoup d’entre nous, imprégnés par quelques clichés sur l’Afrique et ils ressentaient une certaine appréhension à s’immerger un temps dans une société tellement différente de leur quotidien … mais, forts de leur jeunesse, ils ont néanmoins adhéré au projet.
Après avoir mené plusieurs actions pour financer en partie leur voyage, un premier groupe de 25 élèves et 3 professeurs s’envola vers le Sénégal pendant les vacances de carnaval en 2011. On peut dire que le choc culturel ressenti là-bas par nos jeunes Belges, habitués au confort et à l’insouciance matérielle, que ce choc culturel fut grand et ce, dès leur descente d’avion et leur embarquement dans un bus brinquebalant qui les a amenés de l’aéroport jusqu’au village choisi de Guélack (il faut dire que, présenté dans nos contrôles techniques belges, ce bus aurait reçu la panoplie complète des cartes rouges !)
Et pendant deux semaines, ces jeunes ont partagé la vie des paysans locaux, vivant à leurs côtés et à leur rythme, en participant à leurs activités, en travaillant à la ferme ou aux champs ou jouant et échangeant avec les jeunes du village. Ils ont pelleté, sarclé, nettoyé et repiqué des légumes …Ca changeait des fastes de Londres et des soirées festives de Barcelone ! Nos jeunes Mouscronnois ont découvert là une population qui disposait de peu pour vivre, de très peu même, mais qui s’en contente et qui est même prête à partager ce peu avec un plus démuni, mais le tout vécu avec cet indéfectible optimisme africain qui nous surprend toujours.
Nos jeunes, impressionnés par ces leçons de vie et de générosité ne sont pas revenus indemnes de ce voyage et ont été amenés, tout naturellement, ce qu’un simple discours ne saurait faire, à une enrichissante ouverture d’esprit et à une réflexion sur leur propre mode de vie.
Les professeurs à la base de l’initiative, voyant le bénéfice humain engendré par ce voyage, ont décidé de renouveler l’opération et voilà donc 10 ans déjà que les échanges se perpétuent avec, chaque année, un groupe différent d’élèves de l’institut Saint-Charles de Luingne et une fois avec les adolescents du Conseil communal des jeunes de la ville de Mouscron.
Mais à côté de cet enrichissement humain, les professeurs accompagnants ont aussi perçu sur place de réels besoins qui, s’ils pouvaient être rencontrés, amèneraient une nette amélioration de la qualité de vie de ces paysans sénégalais. Une asbl a donc été créée « Chemins croisés »pour tenter de rencontrer ces besoins et en 10 ans, grâce au soutien de partenaires, pas moins de 11 projets ont pu être menés à bien dans ces régions reculées du Sénégal.
J’épingle notamment, dans ces projets menés à terme, la création d’une ferme-école où les élèves se familiarisent avec des manières modernes et diversifiées de pratiquer l’agriculture, l’ouverture d’un hall de foire agricole où les paysans peuvent proposer leurs produits à la vente, l’équipement d’un local de sciences dans ce centre de formation, la création d’un fonds de crédit de 9000 euros qui aide les jeunes agriculteurs à lancer leur micro-ferme afin d’atteindre l’autonomie alimentaire, l’achat de bovins européens qui, croisés avec les zébus locaux ont permis d’obtenir des animaux hybrides qui produisent 10l de lait par jour, au lieu des 1 ou 2 litres produits par le zébu, améliorant aussi sensiblement les rendements en viande et apportant ainsi des compléments nutritifs précieux ..et d’autres projets encore dont la création d’un internat destiné aux jeunes paysans habitant loin de Guélack et l’ouverture d’un centre de santé qui pourra concerner 4000 habitants. Tous ces projets sont menés à bien en étroite collaboration avec des acteurs locaux tels Ousmane et Doudou, hautement diplômés tous les deux, mais soucieux de l’amélioration de la qualité de vie de leur village.
Et pour alimenter ces projets, l’asbl s’est adjointe l’aide de généreux partenaires tels l’Organisation des 24 h de Mouscron, la firme Lutosa qui a fourni 34 tonnes de plants de pommes de terre, la savonnerie Vandeputte et les services-clubs locaux.
Il y aurait 100 anecdotes chaleureuses à raconter sur ce qu’ont vécu là-bas ces jeunes et leurs professeurs au cours de ces 10 années d’échanges comme l’histoire de ce jeune Malik, orphelin, ne sachant ni lire, ni écrire, qui, après avoir suivi longuement l’enseignement au centre de formation agricole, a reçu un crédit pour s’installer dans sa micro-ferme de un ha, micro-ferme qui est devenue un modèle de développement … mais si je dépasse mon temps imparti de parole, le GM, toujours bienveillant, me fera quand même des yeux grondeurs et m’en tiendra petite rigueur !
Nobles Seigneurs et Gentes Dames, peut-être ai-je été trop long dans la présentation de ces vastes projets mais la générosité et la bienveillance qui les animent méritaient, je crois, un digne moment de présentation. Je souscris d’ailleurs volontiers à ce mot de Beaumarchais : « Ce n’est faire de mal à personne que de dire du bien de ceux qui le méritent ! ». Et cette asbl rencontre tout-à-fait aussi le désir exprimé en début de présentation par le moine bouddhiste Matthieu Ricard, de redonner de l’espoir et une image plus juste de la nature humaine.
Le Conseil des Baillis a été impressionné par l’humanisme et la générosité de cette asbl menée par des Mouscronnois ; il a donc été décidé de mettre ici aujourd’hui cette asbl « Chemins croisés » en lumière et à l’honneur et de l’aider financièrement. Notre Grand Maître va donc appeler près de lui 3 chevilles ouvrières/fondateurs de cette belle initiative qui perdure : Christophe Hovelaque, Olivier Casteleyn et Annaëlle Verlinden. Je vous invite à les accompagner dans leur déplacement avec vos plus chaleureux applaudissements.
