Agrémenté des textes des parrain et marraine des nouvelle et nouveaux bailli.es.

Hommage à Paul Deceuninck, Luc Vandeputte et Jean-Yves Pollet.
Gentes Dames, Nobles Seigneurs,
Chers Amis,
Chaque année, nous nous préparons à accueillir au sein de notre Ordre de nouveaux membres, bien sûr, mais nous ne sommes jamais préparés à la disparition d’un des nôtres et chaque Grand Maître espère ne pas avoir à prononcer d’hommage posthume…
Hélas ce sera encore le cas cette année…
En effet, avant d’ouvrir le livre de ce 50e Convent, qui se veut être un événement heureux et haut en couleurs, il nous tient à cœur de rendre hommage tout d’abord à Paul Deceuninck, intronisé Bailli en 1995, devenu Grand Officier en 2017 et qui nous a quittés fin avril..
L’année dernière, je vous parlai de mon enfance à Néchin ; c’est là que, tout jeune, j’ai connu Paul : ses parents habitaient à quelques mètres des miens et Paul était un peu mon idole, moi qui jouais au goal chez les scolaires, lui était le gardien de but de l’équipe première !
Le football, ça ne l’a jamais vraiment quitté ; malgré son emploi du temps assez chargé, il a entraîné un long moment l’équipe des scolaires de l’Excel. Son engouement pour le foot n’est d’ailleurs sans doute pas étranger au choix du métier de journaliste sportif de son fils Benjamin, lui-même bailli d’honneur.
Au niveau professionnel, il fut l’un des artisans du transfert du Refuge vers le CHM.
C’est aussi lui qui, en tant que cardiologue, avait en 2006 donnait de la voix contre la suppression de la coronographie dans ce qu’on appelait à l’époque le CHR.
« La suppression de la coronarographie va entraîner des problèmes chez les patients les plus âgés, les moins riches, sur les gens qui n’ont pas d’amis ni de voisins pour les amener à Bruxelles. Car c’est désormais dans les cliniques universitaires bruxelloises que l’examen devra être pratiqué. » disait-il.
C’était un homme intelligent, généreux, fonceur, tout autant que réservé.
Ensuite, souvenons-nous de Luc Vandeputte, intronisé Bailli d’Honneur en 1998, élevé lui aussi au grade de Grand Officier en 2022, et qui nous a quittés en juillet dernier. Pharmacien de formation, Luc a d’abord officié en tant que tel à l’IMC du CPAS de Mouscron puis, avec ses frères, il reprend l’entreprise familiale, située pendant une centaine d’années sur la butte du Castert et qui déménagera vers une autre butte : celle de Tombrouck.
Entreprise pour laquelle les nombreux investissements, la diversification des produits, la constante évolution en feront un fleuron de l’industrie mouscronnoise.
De son métier de pharmacien, Luc n’aura gardé que le laboratoire où travaillent aujourd’hui pas moins d’une dizaine de chimistes améliorant sans cesse la qualité des produits.
Côté privé, Luc était un grand amateur de sport automobile et, depuis quelques années, de golf qu’il pratiquait assidûment avec Thérèse, son épouse. Son point commun avec Paul : le foot et l’Excell.
Son point commun avec Roby : les études qui, à l’unif, commençaient toujours – pour Luc – par … une sieste…
Ce qui m’avait frappé chez Luc, hormis son sourire constant et sa bienveillance, c’était les idées – parfois farfelues – qui lui arrivaient par dizaines.
Et puis, en août dernier, c’est Jean-Yves Pollet qui tirait sa révérence. Je ne vais pas vous présenter Jean-Yves ou « l’abbé » comme la plupart des gens l’appelaient, tant il est vrai qu’une partie de cette noble assemblée a sans doute été baptisée ou mariée par lui…
Un gars bien, une belle personne.
Une armoire à glace avec, dedans, un cœur qui prenait toute la place.
Un de ses hommes que vous ne rencontrez pas à tous les coins de votre vie mais dont le souvenir reste, tenace, dans votre mémoire.
Un homme bon, simple, drôle et direct.
« Un héros du quotidien » comme l’a dit Daniel lors de ses funérailles.
En mémoire et en l’honneur de Paul, de Luc et de Jean-Yves, je vous propose d’observer quelques instants de silence et de recueillement.
Je vous remercie.
Gentes Dames, nobles Seigneurs, ami.es de Mouscron et de l’ordre des Bailli.es,
Chers pairs, que l’on prendra ici de manière épicène… je ne peux tout de même pas dire « chers pairs… et mères… »
Chères vous toutes et vous tous donc,
Avant de passer à l’intronisation de nos futur.es nouveaux et nouvelles baillies, je dois vous confier quelque chose d’important.
En effet, la nuit dernière, j’ai fait un rêve – étrange et pénétrant – comme dirait Paul, que je vous livre ici…
J’ai rêvé qu’un ami, bailli – titulaire – me conviait chez lui et qu’il me faisait une drôle de proposition : essayer… sa machine à remonter le temps.
Ce n’est pas tant le motif de l’invitation qui m’intriguait mais l’ami en question étant au bricolage – comment dire ? – ce que la mayonnaise est à la sauce bolognaise, je ne le voyais pas occupé à monter une machine… tout court… alors à remonter le temps, vous pensez…
Mais bon, puisqu’en l’occurrence c’était un rêve et que je ne risquais rien, j’y allais.
Eh bien le gaillard avait fait – de ses mains, semble-t-il – quelque chose qui aurait pu remonter toute une série de choses dont, pourquoi pas, le temps !
Mais dans un rêve tout est possible.
Il m’invita à y monter pour que je l’essaie , prétextant que lui ne pouvait pas puisqu’il devait rester derrière les manettes…
Je m’y installai et attendis le départ… qui ne tarda pas… Je fus, en une seconde, propulsé dans ce que je pense bien être le temps… et j’atterris devant un panneau, sur la place de Picardie, à Mouscron… Un panneau qui indiquait :
« 5 octobre 2075 – 10h45 – 38° ».
Je reconnus là le tour de main de mon ami dont je tairai le nom… qui commence par un B…
Au lieu de m’envoyer dans le passé, il m’avait envoyé dans le futur… En 2075 !
Je regardai autour de moi… là, devant mes yeux, se dressait la magnifique Maison picarde avec cette banderole posée sur la façade: « dimanche 6 octobre 2075, 15h, inauguration des faïences restaurées » !
Ce qui me laissait le temps de me présenter au 100e Convent ! Car oui, chers amis, le dimanche 6 octobre 2075 se tiendra… enfin, dans mon rêve, se tenait le 100e Convent des Baillis de Mouscron.
Et oui !!! J’étais le seul survivant de l’époque actuelle…
Ben oui mais c’est MON rêve, hein !
Et oui, j’étais encore fort dynamique pour mes 116 ans !
J’entrepris donc de rejoindre l’Hôtel de Ville lorsque, soudain, je me rappelai que ce dimanche 6 octobre 2075 allait aussi se tenir – enfin ! – notre Convent annuel en la salle dite « des Baillis » du Château des Comtes !
Je hélai donc un fiacre – oui dans un rêve on emploie le moyen de locomotion qu’on veut… Je demandai au cocher de me conduire fissa au Château des Comtes, ce qu’il fit … avec diligence… en évitant adroitement les trous et bosses, déviations et autres travaux en tous genres, autant d’embûches semées sur le parcours.
Arrivés en bas de l’avenue Reine Astrid : un bouchon.
En effet, à l’emplacement où jadis s’élevait fièrement le Collège Saint Henri, se trouvait maintenant la sortie principale du nouveau parking de 20.000 places du CHM.
Nous le traversâmes ; il était si grand que, pour s’y retrouver, les traverses latérales portaient toutes un nom de rue et mon cœur tressauta de joie lorsque je me rendis compte que chaque rue portait le nom d’un ou d’une Bailli.e. disparu.e…
Un bel hommage… posthume certes… mais beau néanmoins… Nous arrivâmes péniblement, à 11h tapantes, devant l’entrée du Château ; nous pénétrâmes dans la cour et, rapidement, j’entrai dans le Château… magnifiquement restauré… Au rez-de-chaussée, un tea-room, au 2e également et, entre les deux, je n’en crus pas mes yeux, un panneau indiquait en effet « 1e étage : salle des Baillis »…
Je grimpai 4 à 4 l’escalier orné, de chaque côté, des portraits des grands maîtres … hélas disparus : Alphonse, Luc, Daniel, Roby… Mon cadre attendant toujours mon portrait… et, là… soudain : un flash aveuglant… tout se mit à tourner autour de moi et je me retrouvai en une poignée de secondes sur la grand place !
« Tu sais, je n’ai jamais été aussi heureux que ce matin-là »…
L’été indien de Jo Dassin: pas de doute, j’étais finalement bien arrivé en 1975 !
Un ami sortant, de la petite rue, me lance alors : « Et quoi, tu n’es pas à l’hôtel de ville, ton idole s’y trouve… Devos !… Et en plus, le spectacle est gratuit ! »
Raymond Devos à l’hôtel de ville… Je gravis – un peu moins rapidement il faut le souligner – les marches qui me séparaient de la salle gothique et, en y pénétrant, une petite déception : il y avait bien là Devos mais c’était Robert, le bourgmestre de l’époque, et pas Raymond… Quelqu’un me chuchota « C’est l’installation des Baillis de Mouscron… »
Nous étions le dimanche 5 octobre (comme aujourd’hui) 1975 et, puisque j’y étais , je jetai un œil et une oreille … La réunion était présidée par Alphonse Ferret, dit Alphonse le Magnifique ; il y avait aussi là André Coppin, Willy Courcelles, Roger Ginion, Jean Hollebecq, Jules Debaes, André et Réal Dujardin, Louis Kint, Marius Staquet et Patrick Wagnon entourant Robert Devos.
Les 12 premiers Baillis… Et tandis que je me disais « Au moins ne seront-ils pas 13 à table… », on me frappa sur l’épaule…
C’était Roby, Roby qui me réveillait et qui me disait « Christian, c’est l’heure… ».
Je m’étais endormi dans le salon Staquet en attendant que tout le monde arrive. Nous nous mîmes en route, derrière l’Harmonie démocratique, direction le Monument aux Morts puis nous nous dirigeâmes vers l’Hôtel de Ville, nous montâmes les marches de l’escalier monumental pour pénétrer dans cette salle des mariages et… vous y trouver !…
Car non, chers amis, là, maintenant, vous ne rêvez pas : nous sommes bien le dimanche 5 octobre 2025 et nous allons vivre ensemble ce 50e Convent de l’Ordre des Baillis de Mouscron.
Soyez-y les bienvenu.es !
Mais avant toute chose, laissons la place à la musique, elle qui adoucit si bien les mœurs…
La chorale Ribambel (qu’on écrit Ribambel, B-E-L), placée derrière vous, a été fondée en 1970 (elle fête donc ses 55 ans cette année et est donc plus vieille que les Baillis de 5 ans…), fondée donc par Roger Vanwildemeersch, un instituteur herseautois.
Elle trouva son nom dans celui de la résidence d’été d’un des membres de la chorale. Depuis, la chorale « Ribambel » n’a cessé de chanter et d’enchanter.
De répétitions en concerts, d’animations en fêtes, cela fait donc 55 ans qu’elle essaie – et réussit plutôt bien – de partager son amour de la musique. « Mieux, comme dirait sa cheffe, j’aurai tendance à dire que nous « fonctionnons » comme une petite famille. Des rires, de l’amitié, du partage, c’est d’abord et avant tout cela Ribambel »… qui nous propose comme premier chant : « Quand on n’a que l’amour » de qui vous savez…
Ouvrons maintenant le grand livre de notre 50e Convent et préparons-nous à remplir la première page, celle dédiée à notre future Baillie Titulaire.
Le Conseil de l’Ordre des Baillis est composé de 13 membres et des 2 Grands Maîtres honoraires, Daniel et, depuis l’an dernier, Roby. Il nous manque donc un ou une membre cette année puisqu’il convient d’attribuer le fief de Roby, le fief de la Vellerie, à un nouveau ou une nouvelle Bailli.e titulaire. Ce sera cette fois, à une Baillie.
Vous vous demandez « mais qui va succéder à Roby » ? Je le vois à vos visages … ébahis…
Car en effet, Ann – puisque c’est d’elle qu’il s’agit – fit partie, il y a quelques années des Ebahies : des dames de tous horizons qui trouvaient que la suprématie masculine au sein de l’Ordre des Baillis devait cesser ! Ce fut chose faite en 2014, avec l’intronisation de Michèle Sioen.
Mais revenons à notre future nouvelle baillie.
Ann, qui es-tu ?
Non, ne réponds pas… je vais le faire pour toi…
A une époque où Mouscron était encore en Flandres, on proposa à Monsieur Godfried Cloet, notaire de son état et natif de Lichtervelde, une étude disponible… à Herseaux. Il atterrit donc avec son épouse rue des Croisiers à Herseaux.
Ils y eurent 2 enfants : Benoît, qui succèdera à son papa, et Ann (sans « e »).
Ann passe ses 3 premières années de maternelles à St Charles Herseaux et, ensuite, ses parents ont la bonne idée de l’inscrire, pour ses études primaires, chez les Broeders Maristes (section néerlandophone, vous l’aurez compris).
Les secondaires, elle les fera… en Français au Collège Ste Marie, section latin-grec. Akoue panta : écoute tout le monde, apprendra-t-elle et qui lui servira dans son métier.
Son métier, parlons-en… il y en eut plusieurs.
Déjà parfaite bilingue au sortir des secondaires, c’est assez naturellement qu’Ann se dirige vers des études en langues germaniques. Candis à Namur et agrégation à Louvain-la-Neuve. Et puis un diplôme complémentaire en économie et gestion, obtenu à la KUL, diplôme qui a renforcé ses compétences en gestion financière, un atout précieux pour ses futures responsabilités politiques, de même que les 4 langues qu’elle pratique régulièrement.
Parallèlement, elle suit des cours de flûte traversière, de musique, de danse et de diction/déclamation à l’académie.
C’est chez Sofinal, société textile qu’Ann débute sa carrière professionnelle. Elle a la responsabilité du planning de la nouvelle usine (Sofisilk) de Mouscron.
A la fermeture de celle-ci, elle devient enseignante en langues.
A Saint Charles Dottignies et Luingne, aux Frères Maristes, à Saint-Henri (en cours du soir), et à l’école d’architecture de St Luc, à Tournai.
Et puis elle vient aider son frangin, qui reprend l’étude de leur père et elle devient collaboratrice notariale à ½ temps, spécialisée en gestion de successions principalement.
Arrive ensuite la politique…
C’est Jean-Pierre Detremmerie et Damien Yzerbyt qui lui mettent le pied à l’étrier en 2000. Elle devient échevine et aura la charge de compétences variées, comme l’état-civil/population, la petite enfance, les affaires familiales, l’environnement, la propreté et les espaces verts, le budget et les finances et l’enseignement artistique.
L’année 2024 marque un tournant décisif dans sa carrière politique, puisqu’elle est élue bourgmestre de sa ville.
Entre son boulot, le patro, les Guides, l’harmonie, la chorale Ribambel et son engagement politique, elle a eu le temps d’épouser un autre Benoît avec qui elle a trois enfants : Julie, Anaïs et Guillaume.
Ses hobbies, à part la musique et le chant, ce sont les voyages (si possible au soleil) et la cuisine, qu’elle maîtrise parfaitement, aux dires de son mari, et qu’elle pratique régulièrement, malgré son emploi du temps assez chargé. A cet égard, elle a prévenu Benoît : « dès que tu seras en retraite, c’est toi qui feras à manger ».
Renseignements pris, Benoît est un as en matière d’omelette et peut, sans se couper, ouvrir l’une ou l’autre boîte de conserve…
Elle adore aussi, dès qu’elle le peut, pratiquer la déco florale.
Son péché mignon : un petit vin blanc et l’irish coffee MAIS sans crème fraîche ; elle n’a en effet pas de grande attirance pour les produits laitiers.
J’ajouterai, pour terminer la page consacrée à Ann, que son anniversaire est le 7 novembre, que ses principales qualités sont la patience et la diplomatie. Peu de gens, en effet, l’ont vue s’énerver.
Et s’il fallait lui trouver un défaut, c’est qu’elle n’arrête jamais… Je vous rassure tout de suite : moi je le peux …
Gentes dames, nobles seigneurs, je vous demande d’accueillir comme il se doit Madame Ann Cloet.
Elévation et remise du diplôme, de la médaille et du chapeau de Baillie titulaire à Ann CLOET.
Avant d’aller plus avant, je vous propose un deuxième chant de Ribambel, dirigée maintenant par une baillie titulaire, et qui s’intitule « Ensemble » de Pierre Rapsat.
5/ Vous le savez, si vous assistez régulièrement à nos Convents : depuis quelques années, ce n’est plus le Grand Maître qui présente tous et toutes les Bailli.es… Mais l’un ou l’une ou l’autre Bailli.e titulaire qui présente son ou sa filleule.
Vu du côté du grand maître, c’est pas plus mal… C’est un peu moins de boulot…
Vu du côté des mauvaises langues… « Chouette, cela nous fait des vacances pour les oreilles »…
Quoi qu’il en soit, pour vous présenter notre premier nouveau Bailli d’Honneur, je vais demander à sa marraine, Brigitte, de nous en faire la description.
Présentation et éloge du nouveau Bailli par sa marraine, Brigitte.
Le sujet des commémorations n’est pas désuet. Il est parfaitement actuel et, même, d’une certaine façon, urgent.
Pendant longtemps, les commémorations ont pu compter sur la présence des rescapés des conflits qui trouvaient là un espace de consolation, de recueillement et de communication. Mais les années passent et elles emportent avec elles les derniers survivants. La question se pose donc, plus évidente que jamais : comment faire évoluer les commémorations pour qu’elles préservent la tradition tout en s’adaptant à la société actuelle mais, surtout, en attirant l’attention des jeunes sur les événements passés ?
Notre impuissance à commémorer en l’absence de témoins serait coupable.
Heureusement, nous avons parmi nous celui qui tente de résoudre l’équation entre traçant des chemins : ceux de la mémoire.
Dominique Hooghe est né le 26 août 1958 au Mont-à-Leux, là où comme vous le savez, se réunissaient les Hurlus. Son diplôme d’études primaires lui a été remis dans cette salle de l’hôtel de ville, un signe que le destin allait se montrer généreux car le voici, 55 ans plus tard, en ce même endroit, aux portes de la plus digne assemblée que compte notre entité.
Ce destin aurait pu prendre un autre tour : Dominique avait poursuivi son cursus par des études de menuiserie et, justement, papa était patron menuisier. Le chemin était tout indiqué mais il en a choisi un autre : l’aventure et le sport ; athlétisme, gymnastique, alpinisme et parachutisme.
Son premier saut en parachute, il l’exécute à 16 ans, le jour de son anniversaire ; dans la foulée, il s’engage à l’armée et, à un peu plus de 17 ans, il reçoit son béret rouge, ce qui fait de lui, à l’époque, le plus jeune para-commando de nos forces nationales. « Engagez-vous, vous verrez du pays » disait l’autre. En 30 années de vie militaire, Dominique aura effectué quelques voyages mouvementés : en 1958 au Zaïre, pour sauver les Européens pris en otage par les rebelles katangais ; en 1986 en Érythrée pour des largages de vivres à destination des populations souffrant de la famine et en 2006, à Kinshasa, dans le cadre d’une formation technique à dispenser aux soldats de la République du Congo.
En 2010, le gouvernement le félicite pour sa carrière de soldat . Ses collègues et amis le voient d’un autre œil. C’est un soldat, certes, mais un soldat idéaliste et altruiste. Tous lui trouvent une réelle facilité à tendre la main vers les autres, à servir la bonne cause et à partager ses connaissances jusqu’à s’oublier lui-même. Il le prouve en 2015 en menant une mission d’animateur pour un orphelinat d’enfants réfugiés de Birmanie dans le nord de la Thaïlande.
Entre-temps, Dominique est devenu papa de 4 filles. Elles sont aujourd’hui mamans et il est papy de 6 petits-enfants : 5 filles un garçon.
Dominique s’est impliqué dans la vie associative locale et, plus spécialement, en faveur – cela ne s’invente pas – de l’amicale paracommando. Pendant 30 ans, il s’est chargé de sécuriser les sports d’aventure pratiqués par les membres de l’amicale un peu partout dans le monde. Grâce à lui ,de 1998 à 2018, les descentes en rappels et tyroliennes clocher de Saint-Barthélemy, organisées à l’occasion de la fête des Hurlus se sont déroulées sans accident, au grand soulagement des bourgmestres…
L’amicale para-commando le rapproche de l’Entente des Groupements Patriotiques et de sa raison d’être : le devoir de mémoire. Des projets sont développés : des expositions mais également une initiative plus originale, « les chemins de la mémoire ».
Dominique, rejoint en cours de route par Pierre Balcaen, dessine un circuit reliant les lieux de mémoire de notre entité. Des panneaux didactiques qui décrivent ce qui fait la particularité de l’endroit, citant les noms concernés et narrant des épisodes vécus par la population. 38 panneaux ont déjà été installés au gré de 9 étapes. D’autres sont prévues.
Véritables outils pédagogiques, ils intéresseront spécialement les plus jeunes car ils suggèrent une découverte ancrée dans notre géographie locale, dans notre propre réalité.
Les lieux et chemins de mémoire sont l’avenir de la commémoration. Ils permettent de la renouveler, de l’élargir, de la compléter et de lui survivre. Ils font de la commémoration une matière vivante, porteuse d’enjeux citoyens et d’ambitions pédagogiques. Ils innovent, principalement au service d’une jeune génération en quête de racines, de sens et d’avenir.
« Comprendre le passé pour éclairer notre présent et façonner notre futur », la formule est connue. « Les chemins de la mémoire » nous aident à la traduire dans la réalité.
Les Baillis, en intronisant Dominique Hooghe, le salueront pour son travail remarquable en faveur de Mouscron et inviteront notre population, notamment la plus jeune, à s’approprier cette initiative pour répondre aux questions que nous nous posons fort logiquement, tous et tous, à propos de notre époque plutôt troublée.
Intronisation par le GM de Dominique Hooghe comme nouveau Bailli d’Honneur.
Pour vous présenter notre nouvelle Baillie d’Honneur, j’appelle son parrain, Guy Dobbelaere, à me rejoindre.
Présentation et éloge de la nouvelle Baillie par son parrain, Guy D.
Quand le Grand Maître me donne la parole, je dis :
« Il faut tout faire ichi. »
Grand Maître, Mesdames, Messieurs,
Nous voici réunis aujourd’hui pour accueillir une nouvelle personnalité au sein de la Confrérie des Baillis de notre belle ville de Mouscron. C’est pour moi un moment particulier, car il ne s’agit pas seulement de distinguer une personne, mais aussi de reconnaître une action, un engagement et une trajectoire de vie au service du bien commun.
La personne que je vais vous présenter s’est construite au fil d’un parcours riche et surprenant, qu’elle aime comparer à celui d’un chat aux dix vies. La première l’a vue derrière un fauteuil de coiffeuse, la seconde à toiletter des chiens et des chats, la troisième à vendre des truffes… et la dernière – mais est-ce vraiment la dernière ? – la conduit aujourd’hui à la présidence d’une association devenue incontournable dans notre ville et bien au-delà : Maux à Mots.
Cette association, créée officiellement en 2019 après les premiers groupes de parole lancés dès 2017, est née d’un constat douloureux et de son propre chemin de vie : il manquait, dans notre ville, un lieu gratuit, accessible et humain où les victimes de violences sexuelles, conjugales et intrafamiliales pouvaient trouver écoute, soutien et accompagnement. C’est ainsi qu’elle a décidé de le créer.
Installée aujourd’hui dans une ancienne supérette à Herseaux, l’association accueille gratuitement ses bénéficiaires — car, comme elle le répète, « il n’est pas question d’infliger une double peine ». Si la Ville prend en charge le loyer par le biais de subventions, il reste encore à régler l’eau, l’électricité, et à se chauffer… au pétrole, faute de chauffage digne de ce nom.
Avant de reconstruire une personne, il faut d’abord assurer les bases : un toit, des revenus, de quoi manger, des dossiers administratifs en ordre. Le CPAS, l’ASBL Estrella, des services clubs et de nombreux bénévoles sont ici des alliés précieux.
Autour d’elle s’est constituée une équipe engagée composée d’une assistante sociale, mais aussi des bénévoles rémunérés ou non notamment une secrétaire, une comptable, mais aussi des psychologues, une éducatrice, une réflexologue, une sophrologue etc., et bientôt une kiné. Ensemble, ils rient autant qu’ils pleurent, car « à Maux à Mots, il faut rire, sinon tu crèves. » me confie Cindy car l’asbl n’a pas les moyens d’avoir de la supervision pour le personnel.
Mais l’action de l’association dépasse largement ses murs. Elle s’exprime aussi dans l’espace public, à travers des campagnes de sensibilisation qui marquent les esprits. Qui ne se souvient pas de « Et toi, t’as conscience ? » ? Ces actions rappellent que la violence existe ici, tout près de nous, et qu’il est de notre responsabilité collective d’y faire face. Elles contribuent aussi à la renommée de Mouscron, qui ose parler de ce que d’autres préfèrent taire.
Ce qui rend Maux à Mots unique, c’est que les personnes aidées deviennent elles-mêmes actrices de leur reconstruction, accompagnées et soutenues par l’association.
Les bénéficiaires viennent de Mouscron, mais aussi de Comines, de Tournai, parfois même d’Enghien, preuve que le travail accompli rayonne bien au-delà de nos frontières locales.
Et face à la détresse, elle le dit simplement : « Si je ne sais pas comment aider quelqu’un, alors on cherche ensemble. » Et elle finit toujours par trouver une solution, quitte à devoir défoncer des portes.
Mais qui est donc Cindy Rensky ?
C’est tout d’abord une maman – « une bonne maman », dit son partenaire Martin – mais aussi une grand-mère aimante, et une fille attentionnée pour ses parents. Originaire de Herseaux, elle incarne parfaitement cette phrase qui lui est chère et qu’elle répète souvent, comme je vous l’ai dit au début de ma prise de parole : « Faut tout faire ichi. »
Ses proches en parlent mieux que quiconque :
« Cindy, c’est un bulldozer. Elle ne s’indigne pas seulement des manques : elle fonce, elle organise, elle crée des solutions. »
Dafné ajoute : « Quand une porte est fermée, Cindy passe par la fenêtre. Si la fenêtre est verrouillée, elle trouve un moyen de l’ouvrir. Et si tout est barricadé, elle défonce le mur. Là où d’autres voient des obstacles, Cindy construit des passages. »
Pendant la crise du Covid, elle en a donné la preuve : à la tête de plus de 150 volontaires, elle a monté en quelques jours une véritable mini-entreprise qui a produit plus de 15.000 masques et 500 blouses jetables, distribués gratuitement aux soignants.
Avec Maux à Mots, à partir de son propre vécu, elle a eu l’audace de créer ce qui manquait, et de transformer ses épreuves personnelles en un projet collectif qui sauve des vies et redonne espoir.
Grand Maître,
Permettez-moi de rappeler qu’on n’entre pas dans la Confrérie des Baillis de Mouscron par hasard. On y met à l’honneur des personnalités dévouées à notre cité : celles et ceux qui, par leur engagement, leur créativité ou leur courage, contribuent à sa renommée et à sa vitalité.
Aujourd’hui, cette condition est remplie au-delà de toute mesure. Par son association, par son équipe et par ses campagnes de sensibilisation, Cindy Rensky a donné à Mouscron une image de solidarité, de lucidité et d’humanité.
C’est donc avec une immense fierté et une profonde émotion que je vous demande d’accueillir, dans la Confrérie des Baillis de Mouscron : Madame Cindy Rensky.
Intronisation par le GM de Cindy RENSKI comme nouvelle Baillie d’Honneur.
Place à la musique, si vous le voulez bien, Ribambel nous interprète « Happy together »
Nobles Seigneurs, gentes dames,
Chaque année, notre Confrérie souhaite encourager et féliciter les Bailli.es qui sont fidèles à notre Ordre depuis au moins 5 ans sans discontinuer en les nommant Officiers.
Voici donc que se présenteront, dans quelques instants, devant nous, deux Baillis méritant ce grade d’Officier.
Grade qui, évidemment, n’a rien à voir avec Colonel, par exemple, fût-il à la retraite, ou encore Commissaire en chef, tels que j’ai pu en accueillir un de chaque l’an dernier.
Non, non. Ce grade-ci n’est qu’une incitation à continuer à fréquenter encore longtemps l’Ordre des Bailli.es.
Et je m’en vais vous les présenter de ce pas, par ordre alphabétique.
Le premier, c’est l’autre Christian, son parrain, qui nous l’avait présenté.
J’en ai retenu plusieurs choses essentielles, dont son aversion pour l’eau si ce n’est l’eau bénie, telle l’Orval…
Son amour pour le vélo, il est trésorier du Cyclo-Club ; il fait également passer leur brevet de cycliste aux enfants des écoles primaires.
Il connaît bien le chemin de Compostelle pour l’avoir entrepris à pied nombre de fois.
Il est également un membre actif de la Croix-Rouge de Mouscron où il donne son sang régulièrement et, si j’ai bien compris les propos de Christian l’an dernier, « donner » est l’un de ses plus grands leitmotivs.
Pour l’avoir fréquenté ces cinq dernières années, je peux aussi vous dire qu’il a un grand sens de l’humour et qu’on peut ajouter qu’il est un peu fouteux d’gins sur les bords…
C’est donc non seulement pour le remercier de sa fidélité à notre Confrérie, mais aussi pour ce don de soi qui lui est si naturel, que notre Ordre est fier d’élever Jean CLAUDE au grade d’Officier.
Notre deuxième récipiendaire, c’est Francis qui nous l’avait présenté… assez longuement d’ailleurs… I faisot bintôt nut tchant qu’in est sorti de l’église des Pères !
Je vais donc tâcher de vous le présenter un peu plus succinctement…
Ronald Loof, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a un point commun avec Jean… Il a fait son service militaire dans la Marine… Mais plutôt que l’Orval, c’est le rosé bien frappé qui l’attire.
Enfant de la Planche, ce quartier à part entière – et non un vulgaire hameau du Tuquet – je n’engagerai pas la discussion sur le sujet, faute de ne pas respecter mon engagement de concision…
C’est au cours de son service militaire que se produisit un évènement qui allait engager le parcours de vie de Ronald… : un accident de voiture, conduite par son copain de chambrée, de nuit, en plein brouillard … La voiture quitte la route et dévie dans un cimetière britannique, en Flandre. Estimation des dégâts : 15.000 francs ! Coquette somme à l’époque.
Et c’est le jour du constat de cet accident que ce jeune milicien mouscronnois a pris conscience, en parcourant les tombes, des dégâts humains qu’avaient provoqués les deux guerres mondiales. Les stèles renseignaient le nom des victimes, leur unité et leur âge : de 16 à 40 ans.
Ce fut une révélation et il venait de saisir toute la portée des paroles de son père qui lui répétait que « s’émouvoir ne suffisait pas ».
Dans la foulée, il va s’affilier à la « Royal BritishLegion Ypres Branch » une organisation mutuelle et d’entraide aux combattants et veuves de guerre britanniques. Son dévouement sans faille, au sein de cette organisation lui a valu, le 10 novembre 2016, d’être présenté à sa Majesté la Reine d’Angleterre dans le cadre de la parade du 11 novembre.
Professionnellement, il entre comme agent à la police de Mouscron. Il terminera sa carrière avec le grade d’inspecteur principal.
Entretemps, en 1974, pas moins de huit Statuts de Reconnaissance Nationale pour les victimes de guerre (militaires et civiles) sont votés au Parlement. Ils permettent le remboursement intégral des soins de santé. Mouscron compte près de huit cents statutaires potentiels. Des dossiers étayés d’un « certificat de bonne vie et mœurs » doivent être établis. Le service communal de la milice est débordé. Des permanences sont alors assurées dans les locaux des combattants et victimes de guerre afin d’aider ces derniers à compléter leur dossier. Deux policiers, dont notre homme, se portent volontaires pour apporter leur aide, d’autant que les certificats de bonne vie et mœurs ne peuvent être délivrés que par la police. L’opération dure près d’un an et, par la force des choses, il se voit investi du titre de Secrétaire-adjoint de l’Entente Patriotique du Grand Mouscron, fonctionnant dans l’ombre du Bourgmestre, ayant l’organisation des cérémonies commémoratives officielles dans ses attributions.
Baudelaire affirmait que le rôle du sculpteur consiste à raconter dans un langage muet les pompeuses légendes de la gloire, de la guerre, de la science et du martyr. Ronald Loof a, quant à lui, contribué et contribue encore – comme notre nouveau Bailli, Dominique – à perpétuer le devoir de mémoire sur les terres mouscronnoises et autres… Un rôle majeur qui lui tient particulièrement à cœur et qu’il convient de saluer.
Une telle fidélité, tant à ses valeurs qu’à notre Ordre, conduit tout naturellement les Baillis à élever Ronald LOOF au grade d’Officier.
Chères Amies, Chers Amis,
Gentes dames, Nobles Seigneurs,
Nous voilà rendus – comme disent nos cousins québécois – à la toute fin de ce 50e Convent qui se clôturera bien entendu par notre hymne, entrainés que nous serons pas la chorale Ribambel et drivés par Christian.
Mais avant, il me faut donc adresser quelques remerciements bien sentis.
L’année dernière, je m’étais lancé dans un labyrinthe de passés simples et de subjonctifs – en apparence – aussi simples… desquels je ne me sortis indemne que par hasard.
Aussi cette année, laissez-moi remercier … au passé composé, comme dans un rêve…
En effet, j’ai fait un rêve…
J’ai rêvé que vous assistiez à ce 50e Convent, sagement, assis là, à boire – pour commencer – nos paroles…
J’ai rêvé que la chorale Ribambel allait chanter avec tout son cœur…
J’ai rêvé que nos nouvelles et nouveaux Baillis seraient fiers de l’être… et mériteraient l’éloge faite par leur parrain et marraine…
J’ai rêvé que le concierge de l’hôtel de ville – Greg – et les serveurs du vin d’honneur seraient présents et souriants…
J’ai rêvé que mon épouse enverrait les trompettes de notre renommée juste pile poil quand il le fallait…
Eh bien, en fait, je vais vous révéler un secret… Rien de tout cela n’a été rêvé ! Les unes, les uns et les autres, vous l’avez fait… Vraiment … Et je vous en remercie.
Levons-nous (avant de lever nos verres) et entonnons avec Ribambel notre hymne mouscronnois : « Bê qu’in est firs d’être mouscronnos »
FIN
